La Maison
par Tristan Roznowski
La Neige
par Matéo Miquel
Jaque et la Sorcière
par Lucas Roznowski
Le goût de la nourriture
par Matéo Sachet
Drôles de bruits
par Lucas et Tristan Roznowski
Thésée contre le Minotaure
par Etienne Lheureux
L'attaque des morts-vivants
par Félix Timmel
Je me souviens
par Anaïs Bouhaben
25 histoires sur 26 lettres
par Océane Tuète
Les ailes d'Icare
par Aline Ndalla
Dans la gamelle
par Marie-Florine Lafleur
Tué
par Margot Van Hove
Chamélapachienba
par Nina Fayard
Thésée et le Minotaure
par Raphaël Koller
Si j'étais...
par 5 accents têtus
La bibliothèque de M. Linden
par Clarisse C.
Ma table de travail
par Claudine S.
Chameau
par Alain P.
Le voyage de Tom
par Aline D.
Le bic ou la plume ?
par Clem
La Bibliothèque de Monsieur Linden
La peau un peu froissée, le teint légèrement jaune, exhalant l'odeur caractéristique des reliures en cuir d'un autre âge, M.Linden
avait fini par ressembler à ses livres. Comme eux, M.Linden était un personnage captivant, tellement captivant.
Une fois poussée la porte de son antre, il était impossible de faire demi-tour. Deux petits yeux bleu électrique se fixaient sur vous et l'aventure
commençait. Sa bibliothèque était bien entendu réservée exclusivement aux enfants. Une sorte de caverne en pierre effritée, le
sol couvert de sable, le plafond tacheté d'étoiles de mer qu'on pouvait presque attraper en s'étirant un peu. Les livres n'étaient pas rangés
comme à l'école ou à la bibliothèque municipale. Ils étaient tout simplement posés partout, pêle-mêle, sur des grosses
bûches de bois, des petits lits en carapaces de tortue, des coussins de feuilles sèches, des blocs de marbre rosé et même dans un hamac. Il suffisait
de s'installer confortablement pour plonger dans l'univers choisi : les contes de fées et de sorcières, les dinosaures en 10 volumes illustrés, l'espace
intergalactique, les insectes de plus de 1000 pattes, les plantes vraiment carnivores...
Quelquefois quand plusieurs enfants très concentrés lisaient en même temps, il se passait des choses étranges. Un bruit sortait d'un livre, tel le grognement du dinosaure. Le silence s'accentuait encore sous le regard complice de M.Linden. Les pages d'un autre livre pouvaient se transformer en ailes d'un papillon qui prenait alors son envol pour aller saluer chaque enfant. C'était à la fois très excitant et très inquiétant. Tous redoutaient une mauvaise surprise, comme un mauvais sort jeté par une sorcière. Mais tous attendaient également l'inimaginable ...
Les apprentis lecteurs pouvaient aussi emporter les livres chez eux pour les finir. M.Linden les avait bien prévenus que leurs lectures pouvaient aussi prendre vie quand ils étaient seuls mais c'était beaucoup plus difficile. Il fallait rester longtemps concentré pour y parvenir et surtout résister au suspense de l'attente.
C'est ainsi que Julie a vu fleurir un jasmin dans son propre lit. Elle arrivait enfin à bout de l'Encyclopédie de la plus belle histoire des plantes. Cela
faisait déjà trois jours qu'elle décortiquait les parcours à travers le temps et l'espace des espèces les plus méconnues : la cannelle
à feuille et à tige, le palmier parapluie, l'aubépine porte-bonheur, le poivre puant.
Soudain, un courant d'air fit trembler quelques feuilles et il lui sembla que les grands fils blancs reliant les pages se coloraient brusquement en vert et devenaient tiges serpentant
doucement entre les lignes. Petites pousses et bourgeons ne cessèrent de se multiplier pour laisser place enfin à la fleur elle-même, la muse des parfumeurs, son
arbuste préféré. Julie plongea alors dans la douce odeur enivrante, puis dans le sommeil...
Clarisse C.
Ma table de travail
Ma table de travail n'était pas conçue pour être une table de travail.
Elle est longue de 1,20 m et large de 20 cm.
C'est un meuble que j'ai fabriqué de toutes pièces : un élément de casier acheté à Ikéa auquel j'ai rajouté quatre pieds, quatre pieds fixés par des vis qui dépassent légèrement de la fine planche du bas du casier et qui raclent les tiroirs. Je me dis, à chaque fois que je tire un de ces tiroirs, que je devrais peut-être limer ces vis. Parce que je dois soulever les tiroirs à chaque fois que je les tire ou les rentre et, généralement je n'arrive pas à les fermer complètement parce que les pointes les empêchent d'aller jusqu'au fond.
Cette table qui est de bois brut, je l'ai peinte en rouge. J'ai acheté spécialement de la lasure rouge. Et j'ai étalé en plusieurs couches de ce rouge jusqu'à ce que le bois en soit bien imprégné avec le moins de marques de pinceau possible parce que je ne suis pas douée pour la peinture.
Donc cette table était destinée à être une desserte ou un petit buffet de style chinois, d'où la couleur rouge. Et j'ai eu la délicatesse de peindre même l'intérieur des cases des tiroirs.
Cette table-buffet m'a servi comme table à manger, puis rapidement comme support de machine à coudre, et là je n'ai plus eu de place pour manger dessus.
Dans un premier temps, elle était derrière, plutôt accolée à un autre élément de rangement de même hauteur qui servait en même temps de séparation entre les pièces. Puis, comme j'ai fait des modifications de rangement dans mon studio, elle s'est retrouvée entre mes deux portes-fenêtres, juste à la bonne longueur.
Ma machine à coudre a suivi le déménagement. Et elle se trouve bien centrée sur cette table, posée ainsi pour l'équilibre de la table, sur des sets de table en liège. Pourquoi des sets de table ? Parce que la table n'est pas lisse.
Autour de ma machine, j'ai placé mes nécessaires de couture. Des boîtes de couleurs, achetées aussi à Ikéa. Chaque couleur est censée contenir un nécessaire de couture, si je peux m'exprimer ainsi. Je dis « censée » parce que je n'arrive pas à m'en souvenir. Mais que j'arrive à les déceler au travers car elles sont translucides. Le rouge pour les épingles, le Bleu pour les fils fins, le Vert pour les fils épais, le Jaune pour les aiguilles.
Pour ces boîtes, il n'y a pas d'ordre de rangement précis. Elles s'entassent les unes sur les autres, maximum trois en hauteur. Les premières prises, les dernières posées.
Dernièrement, j'ai rajouté une mini-commode - ou mini-casier, de six tiroirs, dont je voulais me servir comme rangement à thé mais qui n'allait pas dans ma cuisine.
Cette mini-commode se trouve à la droite de ma machine à coudre. Je ne l'ai pas encore peinte mais je devrais trouver le temps de le faire. Comme ça elle sera en harmonie avec ma table de travail.
Claudine S.
Chameau
Montreuil, Le 04 Janvier 2006
Monsieur,
J'ai reçu un chameau par la poste.
Il est timbré le facteur.
L'employé de la poste n'a pas fait son travail... Le timbre n'a pas été oblitéré !
Je ne sais donc pas d'où provient la bête.
Le chameau que j'ai reçu ce matin n'a qu'une tête.
Il faut être timbré pour n'envoyer que la tête !
C'est certainement un avertissement que l'on veut m'adresser...
Le mot qui accompagne la tête de chameau n'est pas signé.
Ce n'est pas bon signe.
On devrait interdire l'envoi de chameau anonyme.
Mais qui peut m'en vouloir à ce point !
Je n'ai aucun indice Monsieur le commissaire.
Je vous prie de me recevoir prochainement afin que je vous remette
les pièces à conviction en ma possession.
J'espère qu'il vous sera possible de définir une stratégie afin
de confondre le facteur qui me pose tant de soucis.
J'en appelle humblement à votre dextérité pour résoudre cette affaire délicate.
Cordialement,
Alain Pérard
PS 1 : Pour résumer et déjà faire avancer l'enquête si vous le désirez,
textuellement, voici ce que l'on m'a écrit :
Cher Alain,
Je te souhaite plein de bonheur, et surtout plein d'amour
pour cette nouvelle année.
Gros bisous.
Le texte n'est pas signé comme je vous l'avais déjà signalé.
La carte postale représente donc une tête de chameau.
Il semble que ce soit un chameau adulte (d'une vingtaine d'année).
L'enveloppe est timbrée (timbre rouge - classique - non oblitéré donc).
PS 2 : Il est possible que la lettre ait été déposée par un tiers afin
de faire accuser injustement le facteur...
Alain P.
Le voyage de Tom
Le rituel de Tom était de convaincre son grand-père Joseph tous les soirs de l'emmener sur le port où se trouve la mer du Nord, à Anvers car il était triste et malheureux de ne plus revoir sa mère, Hélène, partie depuis déjà cinq semaines. Hélas, ce petit garçon âgé de sept ans était persuadé qu'elle s'en était allée par l'un de ces bateaux, et qu'elle reviendrait forcément par l'un d'eux. Mais personne n'en savait rien.
Grand-père Joseph, consterné par cette situation, l'emmenait le plus souvent possible, et tentait du mieux qu'il pouvait de lui raconter des histoires et de le réconforter, mais rien n'y faisait. Mamy Clotilde, qui les accompagnait habituellement, était fatiguée ce soir-là, elle avait décidé de rester à la maison. Quelques personnes se baladaient le long du port, certaines d'un pas plus actif rentraient sans doute chez elles après une longue journée de travail. Mais... ce soir-là était magique pour Tom...
Ce soir d'hiver, le temps était brumeux. Tom vit, comme pour la première fois, avec splendeur, la beauté de la tombée de la nuit en contemplant la ville calme, éclairée, d'où, à l'horizon, il apercevait la naissance des collines à travers les habitations en tout genres. Ce silence laissait présager un effet d'apaisement à l'intérieur des maisons dont les lumières scintillaient par les fenêtres au loin. Soudain, au large, un énorme bateau approcha, attirant la curiosité de Tom et de tous ceux qui se trouvaient sur le quai. Le port tout à coup fut pris dans l'ambiance de cette musique rythmée, lumières et fantaisies de toutes les couleurs ; les passagers du bateau dansaient, chantaient à tue-tête.
Arrivé sur le quai, Tom aperçut même un clown qui l'intriguait ; il avait l'air drôle avec ses multiples facettes. Il était costumé d'un habit rouge vif satiné et de plein d'autres couleurs qui attiraient le regard. Le petit bonhomme avait les yeux qui pétillaient, le coeur emballé par cette vision. Puis quelques passagers descendirent sur le quai, des parents accompagnés d'enfants afin de faire une pause.
Tom quitta la main de son grand-père et se dirigea vers des gamins réunis non loin de l'équipage. Grand-père Joseph le regarda avec un sourire en coin, secoua la tête. Son petit Tom parlait, riait ; en pleine euphorie, il semblait avoir oublié pourquoi il était venu ce soir-là... Il continuait à l'observer, soulagé de constater qu'il pouvait encore se réjouir, se distraire avec d'autres enfants.
Papy Joseph eut l'idée de s'approcher du clown qui descendait du bateau. Il lui demanda de lui accorder quelques minutes et lui expliqua son désarroi face à Tom. Papy voulait simplement que cet amuseur trouve une astuce quelconque pour aider Tom à mieux supporter son chagrin. Le clown accepta et alla voir Tom comme si de rien n'était. Il lui fit une blague et lui proposa de venir sur le bateau, qu'il lui fit visiter, et l'amusa en lui racontant des histoires drôles, en particulier une merveilleuse rien que pour lui, qui ébahit Tom. Nul ne savait ce qui avait pu être dit : c'était une histoire secrète et positive. Tom continua à avoir la pêche, et resta dans cette ambiance encore pendant un long moment.
Puis arriva l'heure du départ des fêtards. Rudy, un petit copain du moment lui offrit un petit bateau dont il était enchanté. Grand-père remercia le clown avant le départ au large. Tom, un peu triste mais content, donna une poignée de mains à ses potes, et les regarda s'éloigner. Pendant tout le trajet et de retour à la maison, il était gai. Mamy Clotilde lui avait préparé une quantité de crêpes au chocolat comme il les aimait. Il s'en régala car, contrairement à d'habitude, il avait un bel appétit ce soir-là. Ses grands parents étaient heureux de le voir aussi content et plein de joie de vivre. Tom dit avec sa crêpe dégoulinante de chocolat : " ma soirée était fantastique ! ! ! ". Grand-père répondit : " Te voir t'amuser comme un petit fou est le plus beau cadeau que tu m'aies fait. J'espère que ce moment passé te permettra d'être toujours aussi gai et heureux en gardant l'espoir du coeur ". Tom sourit et dit : "Oui, promis ! ! !".
Aline D.
Le bic ou la plume ?
Effraction encore : une maille de la fermeture-éclair a sauté, l'intérieur de la trousse est maintenant offert à tous les regards. Au fil du temps, les collections s'agrandissent : s'entassent les HB, 2B à triste mine, gras et fades ; l'élégant critérium apparaîtra plus tard, lorsque la maladresse infantile des mains aura su se guérir à coups de tracés géométriques sans tâches ; pour l'instant, on savoure les rognures de bois mâchouillées de ces gros crayons, qui se logent précisément derrière les amygdales, ou sous la gencive recouvrant partiellement les incisives ; le goût âcre colle au palais, et ne se détache que difficilement des papilles.
L'avantage de ces crayons : puants, interchangeables, on ne sait jamais si le découpage des dents est sien, ou celui du voisin ; leurs entailles familières permettent vite de les fétichiser, c'est comme ça que l'on réussit ou pas un brouillon de rédaction ; le bout rouge du crayon hypnotise, ou pas ; la tâche près de la mine se révèlera fatale, ou pas.
La fermeture-éclair bousillée alors le trombone qui en actionnait l'ouverture ne sert plus à rien ; on le récupère, d'ailleurs un trombone ça ne sert à rien, rien que du fil de fer et du vide dedans, et autour. Une fois déplié, on peut se gratter l'oreille et ramener à la surface des trésors de cérumen, qu'on malaxera en boules oranges, juste pour le plaisir de sentir s'effriter et se recomposer sous la chaleur des doigts cette matière si fragile, et ténue. Quand même on pressent que c'est un peu sale, alors on le fait discrètement, la trousse sert de paravent.
Abrité derrière les bêtas-Bescherelles, on enlève le réservoir d'encre du Bic et on souffle baveusement dedans les fameuses boulettes, sorte d'agrégat de P.Q, de mouchoirs en lambeaux ; on ne gâcherait pas une feuille à grands carreaux pour rien, quand même.
Toutes ces sécrétions et échanges de bactéries sont la face heureuse, presque cour de récré de ce qui imbibe secrètement l'atmosphère de concentration d'une classe ; ce qui suinte de nos fronts bas, sous la dictée ou sous la férule d'une division à 5 chiffres, c'est bien la noirceur bilieuse de l'encre, que l'on retrouvera un peu plus tard dans l'exercice obligatoire de maniement d'un stylo à plume.
Clem
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